C’est François Lesellier, un critique et sympathique barbu, qui nous a emmenés avec prudence sur les chemins de la permaculture lors d’une conférence le 24 février dernier. Maraîcher le matin et formateur à l’école des jardiniers l’après-midi, il est fournisseur de l’épicerie sociale et est membre de l’association Spirale qui organisait la conférence.

J’ai pu brièvement échanger avant la conférence avec François. Et une de ses phrases m’a vraiment marquée : « Je ne conseillerais pas à des jeunes de s’installer en permaculture. Nous ne sommes pas prêts économiquement ». Ca annonçait une conférence qui remettrait les pendules à l’heure et qui ne s’engouffrerait pas dans les utopies !

Petit à petit la salle se remplit, nous sommes maintenant une quarantaine et le tour de salle montre la diversité des projets, des attentes et du niveau de chacun. En découvre un couple qui cherche un terrain, une dame qui s’occupe seule d’un petit jardin, un jardinier qui s’est lancé dans un carré en permaculture, des passionnés, des curieux et quelques personnes un peu réac’… De quoi épicer les échanges de questions en tout genre !

Voici ce que j’ai retenu en tant que grande débutante ! (En attendant la mise en ligne de la vidéo par l’association spirale)

Retour sur le BA-BA de la permaculture

C’est Bill Mollisson et Davis Holmgen qui inventent le concept de permaculture qui est la contraction des mots « permanent » et « culture ».

Nous découvrons le schéma des composants de la permaculture, que j’ai essayé de redessiner à ma sauce !

schéma composant permaculture

 

Dans ce schéma on comprend que la permaculture est une question de partage et de respect des différents éléments : climat, ressources, forets, humains, sols, eau, animaux.

 

A chaque décision, il faut s’accompagner de cette réflexion : Comment ma pratique va permettre à la terre de produire sans se fatiguer ? Les principes de la permaculture se traduisent par des objectifs comme : diminuer l’effort, améliorer l’utilisation de l’énergie, travailler en coopération avec la nature, partager et prendre exemple sur la nature (ex : épuration par les plantes)…

Cette éthique s’applique à l’ensemble des domaines que l’on retrouve dans la fleur permaculturelle (que j’ai aussi remise à ma sauce !)

fleur-permaculture

 

La permaculture est très différente du bio qui n’est en réalité qu’un label. Un label est un cahier des charges qui impose de ne pas utiliser de produits chimiques, mais ces pratiques ne sont pas nécessairement positives et ne suivent pas d’éthique particulière. Par exemple, la technique de cuire la terre pour désherber ou l’utilisation de produits naturels, mais néanmoins toxiques.

Comment aménager un espace ?

L’aménagement d’un espace s’appuie sur la méthode OBREDIM : observation, bordures, ressources, évolution, design, implémentation et maintenance.

Sans entrer dans cette méthode dans les détails (je m’en sens incapable !) , les points qui m’ont semblé les plus critiques sont l’observation, le design et la maintenance.

  • La phase d’observation devrait durer au moins un an. Toutes les personnes présentes avec un peu d’expérience regrettent des choix faits dans la précipitation. On peut mettre des années à corriger de mauvais choix. Par exemple, les buttes (qui sont à la mode) ne sont pas adaptées partout et ni à toutes les structures de sols.
  • Le design doit être pensé dans le temps avec son évolution. L’aspect très bordélique que l’on retrouve dans les jardins en permaculture est en réalité très rationnel.
  • Tous les choix influeront sur la maintenance. Par exemple un carré en permaculture appuyé sur du bois de noisetier devra être refait tous les 3 ans, alors que l’acacias ne nécessitera une intervention que tous les 20 ans !!

Les leçons de la conférence

La permaculture est une philosophie qu’il faut tenter d’appliquer dans ses pratiques aussi bien au jardin, à la maison, dans son quotidien … mais il ne faut pas en faire une obsession. Il faut prendre ce qui est intéressant et rester rationnel. Il est difficile de se cantonner à la permaculture surtout pour en faire un métier : les fruits et légumes qui plaisent aux clients ne sont pas forcément adaptés au climat, la récolte en permaculture est coûteuse en temps. Il faudrait, par exemple, vendre des épinards 25€ le kg pour rentabiliser une récolte en permaculture.

Il m’est apparu aussi la quantité de connaissances à intégrer en agronomie, agriculture etc… pour réaliser un projet en permaculture.

Ce manque de connaissances m’a amenée à faire des choix simples, voire simplistes pour mes premières plantations (rdv aux prochains articles) !

Quelques questions posées par l’assemblée

Doit-on tailler les tomates ?

La tomate est une liane. Il faut donc la tailler, mais la tomate n’est pas adaptée à notre climat. Pour la protéger des maladies, il faudrait donc la faire pousser sous une structure afin de la protéger du mildiou et allonger la saison.

Que pensez-vous des spirales aromatiques ?

La spirale offre l’opportunité de créer jusqu’à 10 sols différents : le top pour les plantes aromatiques et en plus c’est esthétique. Le principal inconvénient est sa forme qui rend l’accès aux plantes difficile. Il existe d’autres aménagements qui marchent aussi bien.

Que faire contre les limaces ?

Si on détruit les limaces, on ne peut attirer leurs prédateurs. Dans son jardin, François a attendu 4 ans avant qu’un hérisson ne s’installe enfin ! Et la 4ème année il a préféré les croquettes de chat aux limaces ! C’est long, mais c’est permaculture !

La solution intermédiaire est de protéger une partie de la culture pour la récolte et de laisser une partie de la culture aux limaces pour attirer les prédateurs et petit à petit abandonner le traitement (bio dans tous les cas, hein ! ).

Que pensez-vous des buttes ?

L’avantage est un rendement 2.5 fois supérieur. C’est idéal pour les petites surfaces, mais c’est drainant, il faut plus d’apport en eau. C’est inutile de cultiver sur butte sur un grand espace et si le sol est déjà bien équilibré, car créer une butte modifie complètement l’équilibre existant.

Comment utiliser le purin d’orties ?

Le purin d’orties de 8 jours est un insecticide, au delà il devient un activateur de compost.

Quel paillage faire au printemps ?

Pour permettre à la terre de se réchauffer, il faut choisir un paillage foncé ou découvrir un peu.

Quelques recommandations lors de la conférence

A lire :

  • La révolution d’un brin de paille

A voir :

  • Le jardin forestier de Moucron en Belgique
  • L’Ecume du jour à Beauvais : dans un ancien corps de ferme a été créé un jardin en permaculture (je ne trouve pas d’info … donc si vous en avez, dites-le moi !)

Et de belles rencontres

Pierre HARLAUT qui a un projet  en aquaponie (www.aquaponie.biz)et qui est fan de permaculture (www.permaculteurs.com), dont je lisais déjà quelques articles avant de le rencontrer !

Karine Désiront qui a lancé un blog pour nous inviter à  la suivre lors des ses découvertes autour du « manger local » : lesupermaraicher.com

 

Cet article un peu brouillon illustre bien mon état d’esprit face au jardin ces dernières semaines. Il ne faut pas m’en vouloir, je découvre !